Comment parler de l'île d'Yeu sans se souvenir que ce fut une terre d'exil.

Les derniers prisonniers, ou plutôt "assignés à résidence", furent cinq basques français et espagnols, issus de l'ETA à qui l'on ne voulait pas donner le statut de réfugiés mais que l'on ne voulait pas non plus extrader.

C'était il y a trente ans ... en 1981 et cela fit grand bruit car la population de l'île était un peu lasse de voir tant de policiers et gendarmes mobilisés pour leur surveillance. Ces cinq captifs auraient pu avoir une plus vilaine résidence, ils se promenaient sur le port, allaient où ils voulaient mais devaient pointer tous les jours à la Gendarmerie. Une vidéo de l'INA nous parle de cette histoire : ICI.

Dans un passé plus éloigné on trouve, des prisonniers de guerre pendant le premier conflit mondial et des communistes, dont Jean Duclos (et non Jacques Duclos), au début de la dernière guerre (1940). En effet au cours de la "drôle de guerre" et suite à la signature du pacte germano-soviétique soutenu par le PCF, les communistes ont été poursuivi par le gouvernement Daladier qui a dissout le parti en septembre 1939.

Cependant, juste après cette dernière guerre, le plus célèbre détenu sur l'île d'Yeu fut sans aucun doute le Maréchal Pétain. Une fois encore, l'île d'Yeu n'était pas très fière d'accueillir cet hôte de marque. En effet pour beaucoup, l'île aillant particulièrement souffert de la grande guerre, le Maréchal restait une figure respectable.

Ce dernier fut enfermé à la citadelle (fort de la Pierre Levée qui est restée propriété de l'armée jusqu'au années 90) dans une cellule où l'on aménageait en hâte un cabinet de toilette. Nous sommes en Novembre 1945, son épouse loge à l'hôtel des voyageurs et lui rend visite tous les jours.

le Maréchal Pétain en détention

Eté 1951, le Maréchal va très mal il est alors transféré rue Gabriel Guist'hau afin de ne pas le laisser dans les locaux quasi insalubres de la citadelle. C'est ici que Pétain mourut en quelques semaines, le 23 juillet 1951.

Il y a sur Yeu, à Port Joinville rue de la République, une sorte de musée appelé pompeusement "Musée Historial de l'Île d'Yeu", je crois n'y avoir jamais mis les pieds (?!), il s'agit avant tout de la conservation du souvenir du Maréchal avec son lit de mort et quelques affaires personnelles.

Le maréchal tombe un peu dans l'oubli mais sa tombe n'en reste pas moins fleurie tous ans.

 

 musée historial de l'île d'Yeu
Musée Historial de lîle d'Yeu (photo PhB)

Entre soldats ...

Ala surprise de nombreux observateurs, le dimanche 10 novembre 1968, le sous-préfet des Sables d'Olonne arrive à l'île d'Yeu par un service spécial du bateau postal, le Président Auguste Durand, il va déposer une gerbe sur la tombe du Maréchal. La gerbe portait l'inscription "Le Président de la République". A moins d'un an de sa démission, le Général de Gaulle, en "frère d'armes" a quand même célébré les 50 ans de l'armistice en saluant le héros de Verdun. En creusant un peu on se rend compte qu'en 1950-51, la détention et la santé de Pétain le préoccupait quelque peu. Mais réhabiliter Pétain, ou même alléger sa peine était politiquement impossible dans une France en pleine reconstruction.

tombePetain
Archives INA : la tombe de Pétain, la seule à être tournée vers le continent.

Oya Nouvelles de septembre 1971 parle de la cérémonie du 20e anniversaire de la mort du Maréchal.

1971 septembre anniversaire mortr de pétain

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. En février 1973, des soi-disant commerçants venus vendre des vêtements sur le marché du Port, repartent avec les cendres de Pétain dans leur camionnette blanche. Ils voulaient le transférer à  l'ossuaire de Douaumont pour qu'il puisse, selon son vœu, "reposer parmi ses soldats".

Du site adressé ICI (probe.20minutes-blogs.fr):

"Dans la nuit du 19 au 20 février 1973, à la tête d’un commando de six militants pétainistes, Hubert Massol extrayait du minuscule cimetière de Port-Joinville sur l’île d’Yeu, le cercueil en chêne du maréchal, dont les restes, à leur grand étonnement, étaient parfaitement conservés. Ils embarquèrent la dépouille dans une fourgonnette, et commençait alors une cavale croquignolesque de 48 heures qui, de défection de complice en amateurisme jusqu’à la traque policière, conduisit Philippe Pétain dans le box d’un parking miteux des puces de Saint-Ouen. Alors qu’ils voulaient faire chanter le gouvernement en lui imposant la translation des cendres du militaire à l’ossuaire de Douaumont pour le réhabiliter en tant que héros de la Première Guerre et non traître et petit dictateur de la Seconde, la tentative s’achevait en eau de boudin.

Arrêté, Hubert Massol, adhérent de l’ADMP, prit sur lui toute la responsabilité du raid et les quelques mois de prison, sans oublier la lumière médiatique qui fait toujours de lui une personnalité héroïque dans le microcosme. Mais les enquêteurs, eux, soupçonnèrent l’avocat Jean-Louis Tixier-Vignancourt*, experts en coups fourrés ou tordus, d’être le cerveau du projet."

Je me souviens que l'été suivant les personnels de la régie en plaisantaient encore avec les estivants, leur demandant d'ouvrir leurs bagages afin de vérifier s'ils ne transportaient pas des cendres. Bien sûr chacun riait et les bagages n'étaient pas ouverts !

Articles intéressants :

Le corps de Philippe Pétain a-t-il sa place à Douaumont ?

17 novembre 1945:Pétain à l'île d'Yeu.

Tenace et étonnante ! l'ADMP

PhB

Note :
*Jean-Louis Tixier-Vignancourt candidat aux présidentielles face au Général de Gaulle en 1965, candidat de l'extrème droite. Il faut se souvenir que l'extrème droite de l'époque était hostile au Général, lui reprochant, entre autres, l'indépendance de l'Algérie, et que l'OAS était soupçonnée d'avoir organisé plusieurs attentats contre le Général.