Les sirènes sont de belles histoires de marins, des songes, des mythes, ce n'est pas mon propos d'aujourd'hui. Je viens vous parler de sirènes, de vrais sirènes, celles qui font du bruit.

Pourquoi ? Tout simplement parce, sans parler du "café des Sirènes" au village de la Croix, l'île d'Yeu en a connu beaucoup !

sirène

Les sirènes des usines. Il y a eu sur l'île d'Yeu jusqu'à 5 usines de conserveries : Amieux, Béziers, Bouvais & Flon, Paulet et enfin Saupiquet. La première fut fondée en 1862 et trois cessèrent leur activité dans les années 50. Aussi en 1961 il n'y en avait déjà plus que deux en activité : Amieux et Bouvais & Flon. Chacune avait sa sirène qui retentissait lorsqu'un bateau rentrait de pêche et que l'acheteur avait pu faire affaire avec le pêcheur. Aux plus beaux moments de leur histoire, ces usines ont occupé jusqu'à 500 personnes, y compris des femmes du continent. C'est ainsi qu'à toute heure du jour, la sirène d'une usine pouvait retentir et que, de tous les coins de lîle, y compris les plus éloignés, les ouvrières venaient embaucher pour travailler parfois tard ... jusqu'à ce que tout le poisson soit mis en boîte. On dit que même les estivants les reconnaissaient ces sirènes.

La dernière usine à fermer fut Bouvais et Flon, reprise dans une tentative désespérée par une Société coopérative de l'île d'Yeu (SPAY, "Société des Produits Alimentaires de l'île d'Yeu") puis définitivement fermée dans les années 80.

Port Joinville 1984, la cheminée de l'usine fume encore ... on y fait des conserves traditionnelles mais aussi quelques recettes récentes pour attirer une nouvelle clientelle et séduire le touriste.
Bouvais et Flon devenu SPAY 2011, la décision est enfin prise de ré-habiliter le bâtiment de la dernière usine qui va devenir un lieu d'animations communales. Juin 2011 les travaux de toiture sont en cours.

La sirène des pompiers. Oui, c'est encore vrai dans beaucoup de provinces, malgré la présence de quelques permanents, les pompiers volontaires de l'île d'yeu sont appelés grâce à une sirène. Je me souviens très bien du boucher du port, Monsieur Tableau, tombant le tablier, laisser en plan ses clients, prendre ses affaires et partir en pleine journée au son de la sirène.

Un Oya Nouvelles de 1967 nous permet de décoder l'appel de la sirène des services d'urgence :

Oya Nouvelles 1967

Les sirènes de brume (ou cornes de brume). Il y en avait deux, l'une à la pointe du But, construite en 1893, l'autre, plus récente à l'entrée du port.

Celle de la pointe du But, dans les années 60, c'était juste le petit bâtiment que l'on connaît, sans le grand mur blanc, avec simplement une entrée d'air côté terre et une sortie côté mer. Plus tard, dans les années 60 elle a été modernisée avec ce vilain mur blanc qui supportait 4 cornes les unes au dessus des autres; puissante et grave, cette corne était assez sinistre, d'autant plus sinistre qu'elle retentissait des jours où le temps n'était pas beau, elle ajoutait à la gravité du moment.

1967 Yeu 104

1967 : Les 4 cornes dont on voit encore aujourd'hui les points de fixation.

La seconde fut installée en 1963 à l'entrée du port dans le feu qui est au bout du brise lame. Si l'on en croit Oya Nouvelles d'octobre 1963, elle n'était pas la bienvenue pour tous. Il est vrai qu'elle est particulièrement aiguë et ... comment dire, stressante.

corne de brume Oya Nouvelles 1963
Le feu qui abritte la corne de brume. Oya Nouvelles, octobre 1963

Que reste-t-il de ces sirènes ? Celle des services d'urgence et encore à l'heure des téléphones portables je n'en suis pas sûr, en dix jours ce mois de juin je ne l'ai pas entendue. Celles des usines, plus aucune. Enfin des cornes de brumes je crois que celle du port fonctionne encore, celle du But est démontée. Tant mieux pour la tranquilité, mais ...

Voila vous connaissez tout ou presque sur les sirènes de lîle d'Yeu ...

PhB