En fait je connais Yeu depuis 1960 !

Tout calculé, je pense y avoir passé 931 jours soit 133 semaines, ce qui représente 2,5 ans de ma vie. Ne me faites pas dire que je prétends être devenu un îslais, non, cette qualité est réservée aux personnes nées sur l'île (bien que maintenant toutes les naissances se passent à Nantes). Cependant, l'île d'Yeu a marqué de nombreuses étapes de ma vie.

Gamin j'y ai découvert la mer, la haute mer; ado j'y ai connu avec plus ou moins de succès les premiers flirts. Adulte, époux et père, j'y ai attiré toutes les personnes que j'aime.

C'est un peu ma seconde patrie après l'Île de France où j'ai toujours vécu. Vous comprendrez que j'y suis très attaché même si, aujourd'hui, Yeu a beaucoup changé.

Peugeot 203

Souvenez vous, 1960, l'époque des Peugeot 203 et des 2ch. C'est l'époque où mon père avait acheté une DS19. Et cette pauvre voiture devait embarquer, comme toute la famille, sur l'Amiral Joinville. Nous y reviendrons.

En juillet 1960 il n'y avait pas l'eau courante sur Yeu, pas encore, elle n'est arrivée qu'en 1961. Nous devions extraire l'eau de puits pas toujours très sympathiques pour les petits citadins que nous étions.

Port Joinville en 1960 Port Joinville en 1960 Port Joinville en 1960
Photo MB 1960 Photo MB 1960 Photo IBB 1960

Sans faire de nostalgie sur le "temps passé", ce serait ridicule, juste pour donner quelques points de repère :
- Le château d'eau n'existait pas (bien sûr).
- Le terrain d'aviation non plus.
- Le village qui surplombe la plage des Vieilles n'existait pas, seules quelques maisons accrochées sur le côté droit de la route étaient déjà bâties.
- Pas de port de plaisance.
- Pas de terrasse sur les toits de l'hôtel des voyageurs.
- Pas de ponton pour les bateaux d'excursion, pas de touristes à la journée !

Port Joinville Quai Carnot
Photo Maurice Berthaume 1960

Le Pilotin vendait tout ce qu'il faut pour la pêche, après avoir été LSID (Les Sables Île d'Yeu) les bateaux étaient immatriculée "ID" + 4 chiffres pour devenir aujourd'hui "YE" + 6 chiffres, la chapelle de la Meule n'avait plus de cloche et sa petite croix était encore cassée !

Il y a cependant un endroit où Yeu n'a pas changé, et c'est au prix de rudes combats : la côte sauvage, soit plus d'un tiers de son territoire. Images d'hier ou d'aujourd'hui, peu de différence, sauf que j'ai pris 49 ans dans la vue !

La côte sauvage le vieux château
Photo IBB Photo MB

Yeu terre d'aventures ...

C'est ma Mère qui avait découvert l'île d'Yeu dans un petit guide. Ce même guide recommandait d'aller voir le vieux château un soir de pleine lune. Or, le lendemain de notre arrivée était un soir de pleine lune ! Tout le monde dans la DS, pas d'appareil photo ni de lunettes de soleil, juste des lampes de poche au cas où.
La carte en main, ma Mère guide mon père sur la route qui mène aux Sabias pour prendre un petit chemin à gauche qui, selon le plan, arrive droit sur le Château (ce chemin est aujourd'hui condamné par des pierres et réservé aux vélos).

Coucher de soleil au vieux château
Photo PhB

C'était sans compter la végétation ! Le chemin se rétrécissait peu à peu, dans la lumière des phares nous ne voyions que broussailles. Pour finir, des grincements sinistres se sont fait entendre le long de la carrosserie : les ronces attaquaient la peinture.
Mon Père, moyennement content de baptiser aux ronces cette magnifique voiture achetée l'année précédente, dans l'impossibilité de faire demi-tour, a refait le chemin en marche arrière, ou plutôt non, c'est ma Mère qui a fait la marche arrière, sa spécialité...
Ce soir là nous n'avons pas vu le Vieux Château sous la lune et depuis ce jour nous avons toujours eu un sécateur dans la voiture afin de dégager les chemins de l'île d'Yeu.

PhB